Petite cartographie des opposants au GCO

 Les GCO comme tous les grands projets suscite des oppositions, dont les médias sont friands. Ces oppositions sont d’autant plus audibles que le maître d’ouvrage, l’Etat, ne s’exprime plus, considérant que l’enquête publique est close et que la DUP a été validée. Il laisse les élus et les acteurs favorables au projet reprendre les argumentaires de défense du projet. Le concessionnaire estime pour sa part qu’il n’a pas à revenir sur les arguments motivant le projet: il exécute le contrat qu’il a signé avec l’Etat. Il est intéressant de décrypter -sommairement- les différentes oppositions, leurs manifestations et les arguments développés.  

Opposants au GCO: un collectif disparate mais déterminé

Les actions des opposants au projet

Les médias régionaux font état régulièrement des évènements d’opposants au GCO. Ces évènements sont de plusieurs natures :

  • Inauguration de cabanes anti-GCO le long du tracé. 7 ou 8 cabanes, et marches d’une cabane à l’autre. Fréquentation de ces marches : selon la météo et la localisation des cabanes, entre 200 et 400 participants
  • Deux rassemblements du Bischnoï à Kolbsheim à proximité du Canal de la Bruche, près du Moulin du Château de Kolbsheim. Beau temps, ambiance festive et sympathique, des stands, de la musique de la bière et de la petite restauration. 2000 à 2500 visiteurs lors du dernier festival des 29 et 30 avril 2017, pas tous des opposants au GCO. C’est un peu le Messti du secteur
  • Une manifestation le 15 octobre 2016 à Strasbourg, avec environ 2000 à 2500 manifestants, dont des agriculteurs de la FNSEA avec leurs tracteurs. On rappellera que la manifestation de 1996 contre l’implantation de DHL à l’aéroport de Strasbourg Entzheim (vols de nuit) avait rassemblé 15 000 personnes issues pour partie du même secteur géographique.
  • Des recours au Tribunal administratif contre les différents actes attaquables qui ponctuent le lancement d’un projet de l’ampleur du GCO. Ces recours sont déposés principalement par Alsace Nature avec parfois des communes qui s’y associent. Ces recours ont tous été rejetés jusqu’à présent.
  • Une plainte d’Alsace Nature devant la Commission Européenne concernant la destruction de l’habitat d’une espèce protégée, et antérieurement une plainte devant la Cour Européenne de Justice par l’association Sauvegarde Faune Sauvage concernant le hamster. Cette dernière plainte a prospéré, puisque la France a été condamnée, pour l’heure sans amende, mais la menace d’une amende subsiste. C’est cette même association qui aujourd’hui élève des hamsters avec le soutien des pouvoirs publics.

Les axes d’opposition

La protection du grand hamster et de son habitat a été largement mise en avant par Alsace Nature et d’autres acteurs associatifs. Cet argument perd de sa pertinence aujourd’hui car il n’y a pratiquement plus de hamsters sauvages dans le secteur concerné. Le concessionnaire se voit imposer des mesures de compensations importantes qui permettront peut-être de reconstituer un noyau viable de grands hamsters. Les autres enjeux de biodiversité sont également présents dans certaines zones humides : crapauds verts notamment. Le concessionnaire est tenu de prendre des mesures compensatoires. Le Kochersberg avec ses grands champs de culture intensive n’est cependant pas un secteur de forte biodiversité.

La consommation de terres agricoles en revanche est un sujet difficile. 400 hectares de très bonne terre seront occupés par le projet. Le projet de l’actuel contrat de concession en 2X2 voies consomme moins de terres que le projet de 2012 qui était une 2X2 voies sur une emprise de 2X3 voies (élargissement prévu à l’époque par le centre entre le deux axes de circulation). Il faut distinguer la perte globale de terres et la situation des agriculteurs. Légalement en cas de DUP, aucune exploitation ne peut perdre plus de 5% de sa surface. De fait, compte tenu de l’ampleur de l’aménagement foncier (10 000 ha), les pertes sont mutualisées entre un nombre beaucoup plus important d’agriculteurs et chacun, selon les secteurs perdra entre 1,5 et 3% de son exploitation (indemnisés). Les opposants du secteur agricole sont ainsi beaucoup moins virulents aujourd’hui.

La crainte des nuisances dues à l’autoroute

est une motivation majeure des riverains. Bruit, pollution de l’air, dégradation du paysage sont les principaux griefs.

L’habitat est éloigné du tracé, du fait de l’inscription de longue date dans les documents d’urbanisme. Avec deux exceptions, à Vendenheim (voir la fiche) et à Ernolsheim sur Bruche. Pour ce village, le choix a été fait de rapprocher le tracé du village pour l’éloigner côté Est du jardin du château de Kolbsheim. Plutôt que de s’opposer frontalement, le maire d’Ernolsheim a choisi la plantation massive d’arbres, entre le tracé et la commune, aux frais du concessionnaire.

Dans l’ensemble, l’habitat est distant d’au moins 4 à 500 m, souvent plus. Car le bruit est un vrai sujet notamment dans les secteurs ou l’autoroute est en remblai (là ou elle est en déblai le bruit est cantonné). Le concessionnaire est tenu de respecter des limites : 60 db de jour et 55 db de nuit (fiche à venir).

La pollution de l’air sera moindre que celle de l’avenue des Vosges (30 000 véhicules/jour avec des feux et des immeubles le long).Fiche pollution de l’air à venir.

La dégradation du paysage est aussi une crainte. Le concessionnaire fait la tournée des communes avec des permanences pour répondre aux questions et présenter une simulation numérique très réaliste du projet.

Une autre analyse des enjeux transports autour de Strasbourg

C’est la motivation majeure d’Alsace Nature et d’EELV (dont leurs élus de Strasbourg et Eurométropole) avec le refus de principe de créer un nouvel axe autoroutier.

Quels opposants et quels discours

Le collectif GCO non merci

Un collectif, GCO non merci fédère les opposants. Le gros des troupes (les marches d’une cabane à l’autre) est fourni par les habitants des villages, et par des maires qui partagent les inquiétudes  de leurs administrés. C’est le cas notamment à Pfettisheim et à Kolbsheim, à Griesheim s/Souffel et à Stutzheim-Offenheim.

Un cas particulier, le propriétaire du Château de Kolbsheim qui habite en région parisienne mais est élu au Conseil municipal de Kolbsheim. Un aspect très positif du projet d’autoroute a été de d’amener ce propriétaires à demander le classement du jardin à la française (qui est à 420m du tracé) et, enfin, de l’ouvrir au public. Sans le GCO, ce charmant jardin serait resté totalement privé et inconnu du public.

Ces opposants du territoire sont soutenus par les militants les plus déterminés d’Alsace Nature, des agriculteurs de la coordination rurale (qui ont peu de voix aux élections professionnelles de la Chambre d’Agriculture), et quelques marginaux venus de notre Dame des Landes, un peu détonants dans la sociologie du Kochersberg.

Le discours d’opposition

Outre les légitimes interrogations sur les nuisances générées par l’autoroute, dont il importe pour les habitants de mesurer la portée, le discours d’opposition porte sur deux volets :

  • La conception des enjeux transports est issue de l’étude TTK (voir la fiche) qui préconise un fort développement des transports collectifs (au demeurant indispensables), et aussi la création d’une autoroute entre Molsheim et Saverne pour le transit des camions. Le territoire traversé par le GCO se situe dans « l’aire urbaine » de Strasbourg, aux termes de l’INSEE. Ce qui signifie que plus de 50% de la population active travaille dans l’agglomération de Strasbourg et sont donc dépendant de la réussite économique de l’Eurométropole. Ce territoire est aujourd’hui très orienté vers l’usage de automobile, et ceci  malgré les efforts du Conseil Départemental avec les cars interurbains, et le TSPO en développement (et bientôt repris par la Région). Ces éléments sur l’économie du territoire ne figurent nullement dans l’étude TTK. Sur ces sujets, ce qui est caractéristique, c’est la pauvreté des argumentaires développés sur le site « GCO non merci » où la litote tient lieu d’analyse.
  • Un second axe de critique est le principe même de la concession et du péage, et l’attaque du concessionnaire, en l’occurrence Vinci. Le débat aurait été le même si un autre concessionnaire avait été choisi. On a vu fleurir un curieux discours très anti-libéral et anti-capitaliste dans un territoire dont la sociologie électorale n’est pas précisément celle de l’extrême-gauche. De nombreux articles ont fleuri un moment donné sur le péage. Est-ce qu’une autoroute gratuite aurait été plus vertueuse ? Financée par de l’argent public (il n’y en a plus beaucoup) aurait-elle été moins nuisante ? Et sans se demander s’il ne vaut pas mieux consacrer l’argent public aux transports collectifs.

En revanche, la préoccupation (légitime) du risque d’urbanisation accrue du territoire entraînée par l’autoroute n’apparaît plus guère dans les discours, alors qu’elle était présente au moment de l’enquête publique. On ne voit guère les opposants s’élever contre les lotissements qui fleurissent dans le Kochersberg, il est vrai un peu moins qu’il y a quelques années.. Mais ils répondent à une demande des habitants pour leurs enfants, et de candidats potentiels à l’acquisition.

En conclusion: une opposition disparate qui sert des intérêts contradictoires, mais c’est le cas pour tous les grands projets, et qui est aujourd’hui un peu à court d’arguments de fond.