Le paradoxe du grand hamster d’Alsace

Pour la première fois les résultats d’une recherche du CNRS donnent un espoir pour la survie du grand hamster. Cette découverte jointe aux obligations de compensation de terrains favorables lors de la construction du GCO pourrait permettre de créer un noyau de population viable et de sauver le grand hamster. Par ailleurs, la question de son habitat mérite analyse… tout comme celle de la posture d’Alsace Nature.

La conjonction favorable d’une découverte du CNRS et de l’obligation  de compensation « grand hamster » dans le cadre du GCO

 

Des recherches conduites par le CNRS aboutissent à une découverte récente sur le rôle du maïs.  Une alimentation trop riche en maïs provoquerait des carences de vitamine B3. Cette carence se traduit par une démence de la femelle hamster qui tue ses portées de petits. Cette étude a été conduite dans le cadre du programme Life Alister, 3,8 M€, financé par l’UE, l’État et les collectivités.

Maintenant qu’une cause importante des échecs de réintroduction est identifiée (même si ce n’est pas la seule), on peut envisager  des mesures plus efficaces  pour la survie des hamsters d’élevage, par une alimentation adaptée après réintroduction. 

Les obligations du contrat de concession d’ARCOS

Le contrat de concession du GCO oblige le concessionnaire à de très importantes mesures de compensation. Ce sont notamment l’acquisition de  93 hectares  en pleine propriété , auxquels s’ajoutent des surfaces considérables de compensation sous contrat avec des agriculteurs  (pas de données précises disponibles sur ces surfaces en février 2017: mais la loi sur la biodiversité s’appliquera) et enfin  l’élevage de grands hamsters en vue de réintroductions.

Un noyau de 1500 grands hamsters

Il faudrait parvenir à constituer un noyau de 1500 individus sur des terrains de grande dimension, selon les scientifiques du CNRS. L’opportunité de créer ce noyau durable de peuplement n’est plus une hypothèse irréaliste. Il serait donc possible de sauver ainsi le grand hamster. Même si la durée de toute l’opération ne sera pas négligeable.

Une nouvelle approche de l’habitat du grand hamster

Le même programme Life Allister a permis une recherche sur les possibles implantations de grands hamster en milieu périurbain. Cette recherche, conduite par l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (qui a conduit les recherches sur le maïs, évoquées ci-dessous) porte entre autre sur la sensibilité des grands hamsters à l’éclairage urbain.  Elle permet de vérifier si les composantes de l’habitat périurbain et notamment des zones industrielles sont compatibles avec un habitat  du grand hamster.

Ces travaux pourraient confirmer les souvenirs  des habitants de la région en âge d’avoir connu l’époque de la prolifération des grands hamsters: ces animaux  ne craignaient guère une relative proximité  des habitations.  Quelle définition alors de l’habitat du grand hamster, et en conséquence de sa protection?

Le paradoxe d’Alsace Nature

Une composante  intéressante de cette évolution du dossier est quelle met en exergue la posture d’Alsace Nature.

Alsace Nature utilise la situation du grand hamster comme étendard de sa contestation. Elle poursuit la France devant la Commission Européenne en  attaquant le contrat de concession du GCO  qui entraînerait  la disparition de l’habitat du grand hamster. Ce qui serait ainsi contraire à la directive européenne de protection. L’association annonce qu’elle serait prête à discuter, et donc à faire un compromis, si elle avait été persuadée de l’utilité du projet . Plainte de juillet 2016-  communiqué de presse Alsace Nature. Cette posture est pour le moins étonnante: sacrifier le grand hamster serait possible pour un projet de transport qui convient.

photo du grand hamster d'alsace dans l'herbe
Le grand Hamster d’Alsace Source : Google

L’association  a aussi refusé tout contact avec le concessionnaire alors que des conseils auraient été précieux, aussi bien pour le grand hamster que  pour d’autres composantes de la biodiversité. (amphibiens, abeilles , oiseaux). Elle n’a pas hésité non plus à défiler aux côtés des tracteurs de la FDSEA lors de la manifestation du 15 octobre 2016, posture incohérente quand on connait les causes de la disparition du grand hamster.

Quel est alors l’intérêt réel de cette association dans la survie de l’espèce? Pourtant les fondateurs d’Alsace Nature et les militants avaient su construire au fil des 50 années de son existence une approche militante et scientifique de protection de la biodiversité, parfois reprise par le droit positif – le concept de trame verte à la base des SRCE par exemple.

A l’occasion notamment du GCO, l’association a ainsi pris  un virage doctrinaire en dehors de son champ reconnu de compétences.

 

Il importe aujourd’hui que les parties effectivement concernées par la survie de l’espèce mettent en place une stratégie en vue de la constitution du noyau dur de 1500 individus. Et que la Commission Européenne et la BEI soient informées de ces évolutions.