L’intox du rapport TTK

Les opposants au GCO continuent d’évoquer leur « Bible », le rapport TTK, réalisé à la demande d’Alsace Nature en 2005.Ce rapport mérite une lecture attentive : le scénario préconisé  est la réalisation d‘une autoroute de transit entre Molsheim-Saverne, et le développement des transports collectifs sans autres précisions.

Les solutions alternatives au GCO dans l’étude demandée par Alsace Nature

Lors de l’enquête publique sur le GCO en 2006, Alsace Nature avait demandé la réalisation d’une expertise indépendante. Les services de l’Etat, à l’époque la Direction Régionale de l’Equipement, en ont accepté le principe et ont assuré le financement. Le bureau d’étude TTK (Transport Technologie-Consult Karlsruhe GmbH) est missionné. C’est un bureau d’études de bon niveau, dont le siège est à Karlsruhe et qui a créé une agence à Lyon. Ce sont des chargés d’études de cette agence de Lyon qui ont réalisé l’étude.

Un diagnostic sommaire et en partie erroné

Le résultat de ce travail est étonnant. La phase diagnostic est minimale. Elle part de données de 1994 ( !) qui sont extrapolées. Le seul transit évoqué est le transit issu de l’A4. Une phrase sur la Maut qui était pourtant entrée en application. Même en 1994, on voit sur le schéma de la p.15 qu’un transit considérable concerne les circulations internes à l’Alsace et au Bas-Rhin. Ce transit interne est oublié, alors que les flux étaient, déjà à l’époque, du niveau de ceux arrivant par l’A4.  La desserte marchandises de l’agglomération n’est évoquée nulle part.

Pour autant, l’un des constats reste juste : ce sont les migrations domicile-travail qui constituent une des causes majeures des encombrements. Autre constat, les trafics d’origine interne à l’agglomération sont une cause principale de la congestion. Incontestable, même si les chiffres sont totalement fantaisistes (aucune source n’est précisée) : 100 000 véhicules est-ouest et 100 000 nord-sud !

Et la clé de tout le rapport est l’inquiétude sur l’évolution de l’urbanisation due au GCO, même si aucune analyse précise n’est présentée sur ce sujet. Voir l’article  sur ce sujet : « Péage autoroutier et périurbanisation du Kochersberg ».

Des scénarios alternatifs au GCO

Une nouvelle autoroute Molsheim -Saverne pour le transit

Comme prévu dans le cahier de charges, des scénarios alternatifs sont développés :

  • Avec GCO et pas de réaménagement de l’A35 : on risque d’attirer de nouveaux usagers sur l’A35 qui renonceront aux transports collectifs (c’est juste)
  • Avec GCO et réaménagement de l’A35 : l’A35 restera encombrée (c’est la stratégie actuelle, mais il faut la combiner avec des transports collectifs bien ciblés)
  • Sans GCO et « tout transports collectifs » : ne répond pas à la question du transit
  • Un scénario mixte avec une nouvelle autoroute Saverne-Molsheim (autoroute à créer Molsheim-Wasselone, puis aménagement de la RN4) pour accueillir le grand transit, et des transports collectifs : la solution qui paraît la meilleure. Voir ci-contre. On oublie l’importance du transit nord sud, les enjeux internes du Bas-Rhin, la question de la desserte du Port du Rhin à Strasbourg, sans parler des trafics issus de la Maut.

Les invraisemblances et les lacunes d’analyse :

  • Le projet d’autoroute Molsheim Saverne (le tracé du GCO est techniquement une promenade de santé à côté de ce tracé) ne correspond pas aux données de transit, même à l’époque. Et l’évolution de l’urbanisation le long d’une telle infrastructure n’est pas évoquée. Est-ce que GCO non merci est prêt aujourd’hui à soutenirun tel « projet » ?
  • Les erreurs d’analyses de coût proposées à l’appui de ces scénarios. Alors que le GCO est financé par les usagers à travers le péage, on comptabilise quand même ce coût d’investissement. On pourrait penser que l’argent public est mieux utilisé pour financer des transports collectifs . Mais les auteurs ont confondu les colonnes. Et ce raisonnement reste celui des opposants aujourd’hui
  • Les termes « pollution de l’air » ne sont pas mentionnés : dans la « solution mixte » envisagée, le niveau de pollution de l’air dans l’agglomération reste maximal. Est-ce là  la vision qu’on veut promouvoir de la santé publique ?
  • Quid des transports de marchandises à destination ou provenant de l’agglomération de Strasbourg ?
  • Quid des modes de financement des transports collectifs ? Et de leur priorisation ? Il suffit sans doute d’en faire, peu importe où ils passent. C’est comme ça qu’on continue à raisonner dans le projet de desserte du tram de Koenigshoffen : il ne correspond pas aux priorités globales de l’agglomération. On n’a pas entendu GCO non merci ni Alsace Nature sur ce sujet.
  • Plus globalement il y a confusion des objectifs du GCO, des enjeux et des modes d’action, comme le souligne le rapport de la commission d’enquête du GCO  (p.130 , rapport 1ere partie).
Analyse multicritères: la solution mixte est retenue

A dire vrai, lors de la présentation de l’étude lors d’une réunion publique de rendu du rapport, le 21 juillet 2006, un silence gêné a accueilli la fin de la présentation. Tout le public, y compris les principaux commanditaires de l’étude avaient compris que c’était un four.

Et si elle est encore évoquée par le collectif GCO non merci (l’adresse de l’étude cité est celle du collectif de Vendenheim qu’il faut ici remercier !), c’est que personne de bonne foi ne l’a effectivement lue. C’est pourquoi il a paru utile de contribuer à la mettre à disposition du public.

 

En résumé, données obsolètes, absence de prise en compte de l’enjeu « pollution de l’air », aucune prise en compte du transport de marchandises, absence d’analyse des capacités de financement des collectivités en charge des transports collectifs ni d’un processus de priorisation, refus de l’idée même de boulevard urbain au profit d’une séparation des flux sur l’A35, on se demande comment cette étude peut encore être citée. La difficulté des opposants au projet, c’est qu’il n’y a pas d’autre étude de fond défavorable au GCO.