Le chantier du GCO a démarré !

Une étape cruciale a été franchie, le chantier démarre, dans un contexte de fortes contraintes environnementales. L’opposition au projet se radicalise alors que ses marges d’action se réduisent. Il est urgent de lancer effectivement une stratégie globale de transports pour être prêts lors de  la mise en service du contournement. Et il faut développer les perspectives  à long terme du contournement et de l’actuelle A35.

Construire n’est pas plus simple qu’étudier et programmer

Une ordonnance décisive pour le lancement du chantier

Le 30 août 2018 est pris un arrêté préfectoral portant autorisation unique concernant le contournement de Strasbourg. L’autorisation porte sur les mesures concernant la Loi sur l’eau et sur les autorisations de dérogation à la protection des espèces protégées et de leur habitat. L’arrêté comprend le détail des mesures de protection hydrauliques et des mesures compensatoires concernant la biodiversité et les zones humides. Cet arrêté fait suite à une enquête publique qui s’était conclue par un avis défavorable de la commission d’enquête, avis curieusement formulé (voir texte d’analyse).

L’Association Alsace Nature a déposé un référé suspension contre cet arrêté avec pour objectif de stopper le chantier. On rappelle cependant que les travaux préparatoires dûment autorisés pouvaient se poursuivre, notamment les opérations de déboisement, arrêtées l’an dernier pour cause d’occupation des lieux et de date limite pour la protection des chiroptères. Mais la question clé suivante était le lancement effectif du chantier.

Lancement du chantier du contournement de Strasbourg vers Eckwersheim Source: publication sur Facebook

Par ordonnance du 25 septembre le Tribunal administratif a repoussé cette demande de suspension des travaux, autorisant de fait la construction du contournement.

Il faut dire qu’Alsace Nature n’avait pas lésiné sur les recours : outre ce référé suspension, il y a eu récemment des recours également avec référé suspension contre le projet d’aménagement du viaduc de Kolbsheim, contre la coupe d’arbres le long d’une route départementale, contre un des actes concernant l’échangeur nord et la SANEF. Et il y a eu des suspensions, notamment lorsque l’Etat autorise la coupe d’arbres dépendant du Département (cherchez l’erreur!)….Il y a toujours des « boulettes » juridiques dans les actes innombrables qui accompagnent les grands projets. Mais sur l’arrêté unique, le juge administratif a fait une analyse très argumentée sur la notion d’intérêt général et ce malgré une formulation malencontreuse aux termes de l’article 411-2 du Code de l’Environnement. Bref, les travaux ont pu être enfin lancés.

Au plan juridique, il reste la mise à jour des PLU de certaines communes du tracé par la biais d’autorisations de projets. Et r, le recours en cassation d’Alsace Nature concernant le rejet du référé suspension, sans compter les jugement sur le fond qui doivent encore intervenir.

Des exigences sans précédent en matière d’environnement dans l’arrêté du Préfet

L’arrêté unique cité ci-dessus formule des prescriptions très exigeantes, d’une ampleur jamais égalée dans un projet autoroutier en France. Gageons que cette affaire fera jurisprudence et que les projets à venir seront bien difficiles à réaliser.

Pour ce qui concerne la protection contre les inondations, ce n’est pas la protection contre les crues décennales qui a été prise comme objectif, mais celle des crues centennales ! Cette rigueur était prévisible quand on voit l’accélération des phénomènes météorologiques extrêmes depuis quelques années.

Pour la protection de la biodiversité, l’exigence est très forte de longue date en Alsace pour les forêts de plaine. Et si on cumule forêts et les espèces protégées et leur habitat (notamment hamster), le résultat est conséquent : pour une autoroute consommant de l’ordre de 260 ha de terrain, les compensations portent sur un total de 1260 hectares. Avec une difficulté inédite : la compensation doit se faire au fur et à mesure de l’impact sur le terrain, y compris des impacts provisoires de la phase chantier,  ce qui entraîne de difficiles négociations avec les agriculteurs  dans un territoire où il n’y a pas du tout de friches agricoles. Bien que le milieu agricole reste logiquement peu favorable au projet,  le GCO n’est pas une mauvaise affaire pour les agriculteurs, entre l’aménagement foncier  sur 11000 hectares et les compensations de revenu pour contrainte écologique des agriculteurs qui s’engagent.

Où on reparle du hamster

On découvre à l’occasion d’une réunion des scientifiques du programme Life Alister sur le grand hamster le 3 octobre 2018, qu’un des moyens d’action est d’amener le grand hamster en zone périurbaine, espaces  qui offrent des opportunités intéressantes de nourriture et de température plus clémente.  Ah bon, le discours officiel jusque là était que l’urbanisation était l’ennemi du hamster, avec les arrêtés ministériels concernant les zones de protection qui déterminaient des périmètres d’éloignement considérables : des cercles de 600 m de rayon, ramenés ensuite à 300 m autour des terriers. Il est vrai que les alsaciens de ma génération se souviennent bien de terriers tout près des villages, où ces pauvres bêtes se faisaient piéger par les garnements.

Le pari faustien perdu d’Alsace Nature

Alsace Nature et ses associations membres ont refusé tout contact avec le concessionnaire. Ainsi, malgré les contraintes fortes posées par l’Etat, le projet sera moins bien intégré dans l’environnement que si les associations avaient participé à la mise au point des actions de protection, ce que le concessionnaire n’aurait pas pu refuser. Elles ont ainsi agi dans la négation de leur objet social. Et elles ont pris un gros risque pour l’avenir vis-à-vis de l’opinion en Alsace et des acteurs institutionnels.

Mauvais perdants

La contestation anti-GCO a pris ces dernières semaines une tournure détestable. On passera sur la diffusion d’arguments contradictoires, parfois radicalement faux ou émotionnels plus incohérents que jamais. Le GCO sera « un couloir à camions » et « personne ne l’empruntera à cause du péage ». « Il n’y aura personne sur cette autoroute » mais « elle apportera la pollution dans un territoire préservé », pas préservé des pesticides, certes.  « Pourquoi dépenser autant d’argent public ? » Alors que le GCO est financé par le péage. Sans parler de la  « grève de la faim », proposée par des professionnels d’une  agitation qui n’a d’écologique que le nom. Et ce ne sont pas ceux proposent ce mouvement  qui vont s’affamer. Mais peut-être trouver quelques exaltés.

Des attaques personnelles

Plus inquiétantes sont les attaques personnelles contre ceux qui soutiennent le projet ou le mettent en oeuvre.

C’est une évolution d’une opposition dont on pouvait au départ comprendre les motivations, composée d’habitants impactés plus ou moins directement par le projet et d’organisations de protection de l’environnement qui se sont posées en spécialistes des transports. Aujourd’hui des « Khmers verts » ont pris le pouvoir dans le mouvement GCO non merci, qui a perdu tout sens de la mesure et multiplie les accusations et gesticulations :

  • attaques contre les élus et responsables favorables au projet, avec des insinuations d’intérêts personnels directs dans la construction
  • harcèlement contre les salariés des entreprises qui travaillent sur le chantier, au point que les DNA ont montré l’effigie d’un salarié pendu (est-ce que cette photo apporte un plus au débat ?)
  • attaques personnelles permanentes sur Facebook et sur Twitter contre ceux qui ont le malheur d’apparaître comme favorables au projet.

A titre personnel, le blog que je tiens depuis 18 mois et qui a nombre d’abonnés et de visiteurs vient à nouveau de faire l’objet d’une attaque qui a rendu un (court) temps ce site inaccessible. Une première attaque avec 350 adresses mail russes « bidons » a eu lieu il y a quelques semaines. C’est plus simple d’empêcher l’accès à des analyses de fond que d’en produire soi-même. On m’a aussi promis une place sur le « mur de la honte » de GCO non merci à Kolbsheim. En tant que modeste ex-consultante, je ne peux qu’être honorée de cette publicité (gratuite).

Mais tout ça sent mauvais, et évoque des comportements de sinistre mémoire.

Tout aussi choquante a été la récupération de la « marche pour le climat » du 13 octobre 2018, ou plus d’un participant, pas opposé au GCO, mais légitimement inquiet de l’évolution du climat, s’est retrouvé comptabilisé dans les anti-GCO. De ceux-là, les DNA n’ont pas parlé. Manque de banderoles sans doute.

Des cris d’orfraie (non, il n’y en a pas sur le tracé…) de procédure « anti-démocratique », évoquent les « 7 avis négatifs contre le projet », lesquels, à la lecture, sont des « copier-coller » les uns des autres, mais personne ne les lit, et encore moins les analyse.

Sur les 22 communes du tracé, 4 maires restent dans une opposition virulente (et un ex-maire, celui de Pfettisheim fusionné avec Truchtersheim) tout comme la pasteure de Kolbsheim, ainsi qu’une recrue de choix : la députée LREM de la circonscription qui a jeté par-dessus les moulins (dont celui de l’ex-ZAD) sa posture de « médiatrice » un moment revendiquée.

Bon, on a tout de même échappé à une demande de referendum qu’aucun des opposants n’a pris le risque de formuler. Pourtant, ils auraient pu en prendre le pari. Une telle consultation aurait peut-être connu le même sort que la consultation de 2013 sur la collectivité Alsace. L’abstention et l’activisme de quelques haut-rhinois avait fait échouer ce referendum. Et cinq ans après, un sondage de l’IFOP montre que 83% de la population veut sortir du Grand Est. Que se serait-il passé pour le GCO ? Too late!

Mettre en place au plus tôt la stratégie globale de transports

Revenons à notre sujet, le contournement de Strasbourg, pour rappeler que ce projet est, non pas la solution, mais la condition pour qu’une stratégie globale se mette en place dans l’agglomération de Strasbourg.

Cette stratégie doit comporter une série de mesures, au plus tard à la mise en service du contournement :

  • Une poursuite et une accélération du développement des transports collectifs, tram, bus à haut niveau de service, dans l’agglomération ;
  • Notamment, un réseau RER sur les voies ferrées et les gares existantes de l’agglomération voire au-delà (Herrlisheim, Brumath, Haguenau, Molsheim, Erstein…) avec certaines lignes traversantes, c’est-à-dire sans changement en gare de Strasbourg ;
  • La mise en place (enfin !) de l’écotaxe au moins sur l’axe nord-sud alsacien ;
  • le réaménagement de l’A35 qui grâce au COS perdra son statut autoroutier, avec, pour commencer l’affectation d’une voie dédiée aux transports collectifs et au covoiturage sur les sections Vigie-Porte de Schirmeck et Reichstett-Place de Haguenau. Cette mesure doit être prise au moins pendant les heures de pointe ;
  • La création de parkings – relais et de covoiturage loin de l’agglomération, à la Vigie et à Reichstett, (tout comme ce qui sera fait sur le COS à l’échangeur avec la RN4). En corollaire, la création de transports collectifs dédiés, depuis ces parkings vers des gros  secteurs d’emploi de l’agglomération et certaines  stations tram. Ce serait l’occasion de mettre en place des navettes autonomes.

Un article des DNA du 12 août 2018 « A35: ce que l’Etat prépare » évoque ces différentes pistes (avec des nuances) mais omet un élément  stratégique: les parkings relais et de covoiturage loin de l’agglomération. Car les transports collectifs devront bien partir de quelque part!

Il est  urgent que ces stratégies soient maintenant clairement formulées par les différents maîtres d’ouvrage, Etat, Eurométropole et Région. En particulier, la création de ces parkings dédiés en grande périphérie doit être rapidement programmée car les procédures sont longues, et pleines d’embûches !

Evolution des techniques et pollution de l’air

La question de la pollution de l’air est aujourd’hui centrale pour Strasbourg. A court –moyen terme (5 à 10 ans), le contournement soulagera quelque peu l’agglomération (voir l’étude ATMO-Grand Est et le commentaire qui en est fait) qui prévoit que les normes européennes  ne seront plus dépassées. Les opposants ont bien sûr une autre lecture de ce rapport peu pédagogique, mais  néanmoins  formel sur le fait que la GCO permettra le respect des normes européennes.  A un « détail » près: il n’évoque que l’impact des pollutions sur les riverains sans s’interroger sur l’impact sur les usagers de l’A35, et notamment les usagers quotidiens qui resteront fortement exposés si le GCO n’est pas réalisé (en l’absence de GCO, + 70% d’embouteillage à échéance 2025 selon le rapport du CGEDD)

A moyen- long terme, 10 à 15 ans, le développement des voitures électriques et des poids lourds avec piles à combustibles (hydrogène) devrait réduire très fortement la contribution des transports à la pollution de l’air. Espérons que le plan du Gouvernement en faveur de l’hydrogène se concrétise.

 

On ne construit pas un projet autoroutier pour quelques années. C’est une infrastructure structurante à long terme qui ouvre la voie à un aménagement plus équilibré de l’agglomération et à des communications plus apaisées avec le reste du Bas-Rhin. C’est ce que les opposants n’ont pas compris, eux qui se battent  en fonction d’une vision du futur qui date d’il y a 30 ans.