GCO : début d’année difficile

Alors que la biodiversité et le changement climatique constituent des enjeux majeurs, les milieux écologistes enfument l’opinion sur leurs véritables objectifs et prennent de gros risques en soutenant la ZAD. Par ailleurs, des failles d’explication voire de programmation de l’Etat et des collectivités entourent la stratégie globale de transports et déplacements incluant  le GCO.

Stratégie de gribouille des militants écologistes, manque de clarté des partisans du projet et risques de ZAD

Rappel d’un élément de contexte

Le premier passage en CNPN en juillet 2017 avait donné lieu à un avis très défavorable. Pour la 2eme audition du CNPN le 15 décembre dernier, il fallait pour ARCOS reprendre sa copie et développer les enjeux de protection du grand hamster et autres biodiversités. Rappelons que le rapport doit montrer les engagements du concessionnaire pour éviter les dommages à la biodiversité, et sinon les réduire et les compenser. Il comprend également les éléments du dossier Loi sur l’Eau, lesquels, bien que non soumis formellement au CNPN comportent des sujets liés à la protection de la biodiversité. L’enquête publique portera sur les deux sujets. Cet avis du CNPN est attendu par les services de l’Etat, qui certes peut passer outre, mais ce sera délicat. De fait, c’est l’avis négatif de juillet qui a entraîné l’inertie de l’Etat lors du blocage des coupes en forêt le 20 septembre 2017, occasionnant 9 ou 10 mois de retard du projet.

Le réseau Alsace Nature /milieux écologistes/CNPN

Olivier Claudon, qui a toujours de bonnes sources, a fait état dans un article des DNA du 19 décembre 2017 du climat pénible de l’audition d’ARCOS sur leur dossier lors de l’audition du 15 décembre. Les liens entre Alsace Nature et certains membres du CNPN – notamment ceux proposés par le réseau France Nature Environnement, mais pas uniquement- sont une évidence déjà remarquée lors du premier passage devant cette instance. A nouveau, les informations ont vite circulé sur le climat de cette dernière réunion.

Alsace Nature et FNSEA

En revanche, Alsace Nature n’a sans doute pas informé ses correspondants nationaux de sa liaison contre nature avec l’agriculture intensive représentée par la FNSEA, syndicat agricole quasi omniprésent le long du tracé. Ce type d’agriculture est pourtant clairement à l’origine de la disparition du grand hamster (des années de glyphosate, de fongicides, d’insecticides, de compactage des terres, de sols nus en hiver et de culture du maïs), sans parler de la disparition d’autres représentants de la petite faune, des amphibiens et des insectes victimes des mêmes pratiques.

Entre temps, ces partenaires ont divorcé car la profession agricole est coincée dans un modèle économique de plus en plus contraint qui érode ses revenus : faibles prix de la grande distribution, mondialisation, réduction des aides de la PAC. Les agriculteurs, réalistes, ne pouvaient pas laisser passer l’opportunité d’un aménagement foncier favorable aux exploitations et financé par le concessionnaire du GCO, même s‘ils ne sont pas emballés par ce projet. Par ailleurs, le premier avis du CNPN en rajoutait beaucoup sur les emprises foncières à réserver au grand hamster, ce qui a déclenché la rupture  –inéluctable mais tardive– entre Alsace Nature et la FNSEA.

Aménagement foncier et compensations

L’avis du CNPN de juillet s’était un peu égaré sur la question de l’aménagement foncier (remembrement). En effet, le remembrement dont le maître d’ouvrage est le Conseil Départemental fait l’objet d’une enquête publique distincte. Par ailleurs les études n’étaient pas abouties en juillet. Ce dispositif n’est en aucun cas soumis au CNPN au sein du dossier du concessionnaire.

Entre temps la procédure d’aménagement foncier a bien avancé. En conséquence, le concessionnaire est très probablement aujourd’hui en mesure de proposer des engagements plus précis sur les terrains inclus dans les compensations. Il n’y a guère de terrains en friche dans l’immense périmètre de 11000 hectares du remembrement lié au GCO. Donc pour présenter des compensations validées, avec du foncier soit acquis, soit sous compromis ou sous convention de longue durée, il faut que le remembrement soit techniquement à peu près abouti.

Ces caractéristiques foncières de forte occupation agricole et humaine constituent incontestablement une difficulté – et une spécificité – pour compenser sur le plan foncier les atteintes à la biodiversité : aller trop loin ou rester trop près de l’autoroute en fonction des possibilités foncières va sans doute faire l’objet de commentaires défavorables.

Pourtant la protection de la biodiversité n’est pas le cœur de la lutte d’Alsace Nature et d’EELV contre ce projet : la cible, c’est la politique des transports

La protection de la biodiversité, domaine de compétence incontesté d’Alsace Nature, est dans le cas présent utilisée par les milieux écologistes régionaux pour contrer le projet auquel ils sont opposés sous l’angle des transports. Dans leur optique, tout ce qui tourne autour du déplacement routier est diabolisé, que ce soit l’automobile ou le poids lourd. Et on rajoute une opposition au péage et, pourquoi pas dans certains milieux, au capitalisme.

Il y a là le refus idéologique à admettre qu’il faut d’abord sortir le trafic de transit de l’A 35 dans la traversée de l’Eurométropole pour pouvoir, enfin, déclasser cette autoroute et mettre en place une stratégie complète de réduction des flux sur cet axe par tous les moyens, dont le réaménagement de l’A35 et les transports collectifs. Et par ailleurs, mettre en place une taxe PL sur l’axe nord-sud alsacien pour en limiter l’attractivité pour le transit international et produire des ressources pour l’entretien des infrastructures. Sans déclassement, toute action ne sera que du bricolage, pas suffisamment dissuasif. Le GCO est ainsi la première marche de cette stratégie d’ensemble dans laquelle se sont engagées l’Eurométropole et la Région.

Maurice Wintz, lors d’une récente interview sur France 3 Alsace a clairement admis que l’avis du CNPN, et donc la protection de la biodiversité n’était pas au cœur du sujet. Evoquant l’avis défavorable du CNPN de juillet il dit : « c’est une raison supplémentaire de ne pas accepter le projet ». En revanche, en évoquant la tribune des 23 maires pro-GCO de l’Eurométropole (en fait ils sont finalement 24) parue le 11 octobre 2017, il semble découvrir que les partisans du projet admettent que le GCO ne résout pas tous les problèmes de transport de l’agglomération et qu’ils préconisent des mesures soutenues par Alsace Nature de transports collectifs ect…

Etonant, car eh oui, un contournement ce n’est pas fait pour accéder à Strasbourg mais pour contourner l’agglomération…. Et le propos des maires de l’Eurométropole est précisément le message formulé par la CCI depuis 2012  (voir aussi la contribution CCI pour les Assises de la mobilité) et  rappelé par Robert Herrmann au titre de l’Eurométropole. Voir aussi l’article du blog sur le TER et sur le boulevard urbain

Mais où l’Etat, la Région et l’Eurométropole ont-ils  proposé une stratégie claire avec une programmation sur ce sujet ? Il y a un consensus de principe, c’est tout ce qu’on peut en dire.

Les implications de ce choix stratégique des milieux écologistes

En refusant toute coopération avec le concessionnaire, l’occasion a été manquée par Alsace Nature, de proposer certaines mesures qui auraient été favorables à la biodiversité, comme cela se pratique couramment dans des projets d’infrastructure, y compris routières, et que l’association a pratiqué avec succès dans le passé (à Marckolsheim par exemple lors de l’implantation de Jungbunzlauer).

Par ailleurs, on peut parler de détournements de procédure dans les recours engagés (et rejetés à ce jour) pour contrer et au moins retarder le projet : le moyen juridique est la protection du grand hamster. Cela n’a pas échappé au juge administratif.

On peut ainsi affirmer que l’avis du CNPN est une arme stratégique utilisée dans un but autre que les objectifs du CNPN

Terrorisme intellectuel et risques réels

Même si Maurice Wintz, a tenu ces propos modérés, prônant une approche légaliste et non-violente lors de l’interview sur France 3 Alsace, Alsace Nature, EELV et les milieux écologistes ont fortement contribué à ouvrir la boite de Pandore. Toutes les alliances étaient bonnes à prendre, et pas seulement avec la FDSEA qui défend légitimement les agriculteurs.

Article du Figaro du 5 janvier 2018 sur les ZAD

De fait Alsace Nature n’est pas en première ligne sur la ZAD de Kolbsheim, encore que Bruno Dalpra, l’un de ses militants et animateurs de GCO Non merci y joue manifestement un rôle. Voir l’article très complet signé NS dans l’édition de Molsheim des DNA du 6 janvier . http://c.dna.fr/edition-de-molsheim-schirmeck/2018/01/06/occupation-atomique . Pour le moment, ce sont des (petits) groupes locaux qui  s’y relaient et s’organisent dans la gadoue avec une approche, en principe, d’occupation pacifique. Certes, il y a eu quelques incidents et coups de poing, avec l’exclusion de l’un des agités … qui a porté plainte à la gendarmerie! Bonjour Clochemerle! Mais l’appel à d’autres ZAD est présent et le risque de dérive est fort.

En effet, sur la base de travaux d’un service central utilisant les informations de la gendarmerie,  le Figaro a publié le 5 janvier 2018 un article  sur les ZAD existantes en France et les mécanismes à l’œuvre dans la création ces occupations. Ces  mouvements   partent d’associations locales de riverains mécontents, auxquels s’ajoutent des mouvements écologiques et divers, et suite à la médiatisation, des « touristes » zadistes se rajoutent, parfois écolo fan de retour à la nature, mais aussi groupes d’ultra-gauche avec des  éléments violents. Le GCO est tout particulièrement mentionné comme « à risque » de ce point de vue. L’évacuation de Notre Dame des Landes va donner des idées à ces personnages, d’autant que l’accueil à Kolbsheim est assuré par le châtelain (c’est son terrain et il fournit l’eau et l’électricité), par le maire de la commune et la pasteure.  Pas sûr que la population du Kochersberg apprécie ces squatters. Le GCO leur paraîtra peut-être comme un moindre mal !

On n’est pas beaucoup plus à l’aise sur le fond du dossier. 

Les vrais sujets sont mal explicités ou pas étudiés : la biodiversité et sa protection, l’explication de la place du GCO dans la politique de transports

Protection de la biodiversité

Pourtant l’enjeu de protection ou plutôt de reconquête de la biodiversité, laquelle, dans le désert biologique qu’est devenu le Kochersberg est un vrai sujet. On croit savoir que contrairement à ce qui s’est passé en juillet, la DREAL s’est fortement impliquée dans les mesures proposées par le concessionnaire, et ceci malgré le manque d’enthousiasme des agents directement concernés qui ont été fermement incités à coopérer. Elisabeth Borne  lors de sa visite à Strasbourg le 14 novembre 2017 a été claire : « Ils (en parlant de Vinci) savent faire un bon dossier et ils vont nous faire un bon dossier ». Et dans ce domaine, un bon dossier, ce sont des milliers de pages.

Sans aucun doute, mais le bon dossier on ne le connait pas. ARCOS n’a pas communiqué sur le sujet, sauf –très sommairement- dans la publication « Liaison(s) » diffusée en décembre dans les communes du tracé. (textes sous documents). Bien entendu, la reconquête de la biodiversité du Kochersberg passerait par l’évolution des techniques agricoles et non par la création d’une autoroute! On pouvait juste espérer la recréation de quelques îlots protégés et la réduction des pollutions agricoles sur quelques centaines d’hectares de compensation écologique, et pourquoi pas, d’infrastructure.

Stratégie transports et déplacements

Pour ce qui est de la place du GCO dans la politique de transports, les partisans du projet doivent également se poser la question de leur stratégie de communication, voire de leur stratégie tout court. Le sujet n’est pas très simple, certes. La séance du Conseil de l’Eurométropole consacrée au GCO a permis au représentant du Préfet, de parler (enfin) du projet dans le court/ moyen terme et à Robert Herrmann et différents maires de réaffirmer leur soutien au contournement. Mais là où Maurice Wintz a raison, c’est que les conséquences à tirer sur les autres actions à mettre en œuvre à court, moyen et long terme ne sont pas clairement explicitées et mises en cohérence par les différents maîtres d’ouvrage, ni précisés dans leurs modalités de financement. Il y a un relatif consensus  sur une vision globale cohérente (et encore: le choix du tracé de la nouvelle du tram depuis Koenigshoffent n’est pas le bon) , mais l’opérationnalité de l’affaire  ne saute pas aux yeux.

 

Alors qu’on risque de voir rappliquer des hordes de squatters malveillants, on attend un avis du CNPN pas forcément favorable. Le sentiment  dominant est celui de perte de temps, de gâchis de moyens et de compétences. Les vrais enjeux de la biodiversité dans le Kochersberg ne sont pas explicités, ni par les opposants au GCO, ni par les partisans du projet car il faut rester politiquement correct vis vis des agriculteurs. Enfin,  la stratégie globale de transports et déplacements, avec GCO, fait certes l’objet d’un consensus de principe des collectivités, mais sa cohérence d’ensemble n’est pas explicitée et son opérationnalité n’est pas précisée.