GCO et pollution de l’air

La conclusion du rapport de l’ASPA sur l’impact du GCO sur la qualité de l’air:   « une baisse notable des taux de pollution » le long de l’A35/A4, et à une hausse du taux de pollution le long du tracé du GCO, sans que la population riveraine soit exposée à des taux supérieurs aux normes, y compris aux normes OMS les plus contraignantes.

Baisse relative de la pollution de l’air le long de l’A35 et hausse limitée le long du GCO

La disponibilité de l’étude

L’étude annoncée de longue date, réalisée par l‘ASPA sur l’impact du GCO  et du PDU sur la qualité de l’air est achevée semble-t-il au 1er décembre 2016. Cette étude était très attendue puisque la réduction de la pollution de l’air dans l’agglomération de Strasbourg est un des deux enjeux de la réalisation du GCO.

Premier écho sur cette étude le 14 mai 2017 par un courrier d’une lectrice des DNA, membre de l’association « Les Fédinois contre le GCO » et membre d’Alsace Nature,  qui signale qu’elle a eu connaissance de la version papier du rapport, mais que ledit rapport  ne semble pas figurer sur le site ATMO Nord-Est. Après une recherche sur le site sans succès dans la rubrique « publications », une demande formelle de communication du document auprès de cet organisme m’a valu la communication de l’adresse du rapport, lequel figure maintenant sur le site (et daté du 16.3 2017,  or ni la lectrice des DNA ni moi-même n’avions trouvé ce rapport au mois de mai). Bref, la communication a été minimale sur ce rapport.

Objectif et méthodologie du rapport

L’objectif du rapport est d’évaluer l’impact de la mise en œuvre de l’A355 (GCO) et du Plan de Déplacements Urbains de l’agglomération de Strasbourg sur la qualité de l’air.

Le rapport fait état d’une  modélisation de la qualité de l’air dans l’agglomération de Strasbourg (tracé de l’A35/A4) et le long du tracé du GCO à partir des données du CEREMA concernant les hypothèses de trafic sur ces axes routiers et sur des voies secondaires, notamment  dans les zones d’échangeurs.

4 scénarios sont examinés :

  • Fil de l’eau (sans GCO)
  • GCO+ PDU (transports collectifs)
  • GCO + PDU+ voie réservée aux transports collectifs sur A35
  • GCO +PDU+ voie réservée aux transports collectifs et au covoiturage sur A35.

Le modèle permet de formuler des résultats concernant les oxydes d’azote (NOx), les particules PM10 et les particules PM2,5. L’année 2015 est choisie comme année de référence. Et l’année d’objectif de l’étude est 2021, après la mise en service du GCO.

Principales conclusions de l’étude

La principale conclusion de l’étude, qui rappelle que les transports sont la deuxième cause de pollution de l’air après le résidentiel et le tertiaire, est que c’est l’évolution des performances du parc de véhicules qui permettra une amélioration notable de la qualité de l’air. Un aspect quelque peu frustrant pour le lecteur est la présentation de la situation au  regard des normes en vigueur dans l’Union Européenne, qui sont mentionnées aux côtés des préconisations beaucoup plus strictes de l’OMS. L’écart entre ces deux niveaux de normes est important. A noter cependant qu’n diagramme de l’ASPA de 2012 plaçait l‘agriculture en 2em polluant.

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Le rapport constate une « une baisse notable  des taux de  pollution le long de l’A35/A4 « dans l’agglomération de Strasbourg, permettant de respecter les normes européennes de qualité de l’air. On peut rappeler que la France est sous la menace d’une sanction de l’Union, en raison des dépassements constatés dans certaines grandes agglomérations, dont la région parisienne, Lille, Marseille et Strasbourg (résultats quelque peu variables selon les années en fonction des conditions météorologiques).

Le long du tracé du GCO, une certaine augmentation des taux de pollution serait constatée, jusqu’à 100 à 200m du tracé selon les polluants. Cette conclusion paraît logique : s’il y a du trafic, il y aura un certain niveau de pollution.

Sans remettre en cause la qualité de l’étude et ses conclusions, on peut cependant s’interroger sur la fonction informative et pédagogique du rapport

En effet, outre la communication inexistante sur la sortie de ce rapport (est-ce du à la transformation de l’ASPA en ATMO Grand-Est?) , il reste des points peu explicités.

Une exemple mineur de ce manque d’information: il n’est pas fait référence à l’ozone dont la production est favorisée notamment par le trafic routier, sans doute parce que pour ce polluant,  l’impact  est régional et non local . Mais un court paragraphe sur ce sujet aurait été utile.

Le critère décisif de la population impactée

C’est un critère de tous les plans de protection de l’atmosphère : quel est le nombre d’habitants touchés par une pollution au-delà des normes ? Un mode de calcul standardisé annuel est appliqué.

Et là, c’est tout ou rien : au regard des normes UE, très peu d’habitants de l’agglomération de Strasbourg  seront encore impactés par les taux de pollution de l’air en 2021. En revanche, les chiffres restent considérables, notamment pour les particules, si on considère les  niveaux préconisés par l’OMS, beaucoup plus stricts. Selon les scénarios avec GCO, on observe une baisse de 1000 habitants aux normes UE, alors que la population impactée selon les normes de l’OMS reste au même niveau pour les différents polluants (509 500 habitants).

Pour ce qui concerne la population impactée par la pollution de l’air par le GCO, aucun chiffre n’est annoncé, ni au regard des normes UE, ni au regard des normes OMS. On en conclut qu’aucun habitant n’est exposé à la pollution dépassant ces normes, UE et aussi OMS.

La question de l’état initial de la pollution de l’air

A partir de quelle situation de départ peut-on parler d’augmentation ou de diminution de la pollution ambiante ? C’est clair le long de l’A35/A4 : ce sont les mesures de l’année 2015 qui sont la donnée de référence.

C’est moins clair, en tout cas non expliqué, le long du futur GCO. On peut supposer que la situation 2015 reflète la pollution de fond qui affecte l’ensemble du territoire ; ce point n’est pas précisé.

La pollution générée par les activités agricoles (notamment les oxydes d’azote lors des épandages d’engrais, les particules et les molécules de pesticides pendant toute la période de végétation ) n’est pas mentionnée. Et pour 2021, peux-t-on simuler la réduction de ces polluants du fait de la suppression des activités agricoles sur les 280 hectares du tracé (sur une distance de sur 24Km)? La question est: est-ce négligeable ou non?

La question de la mesure de l’impact des encombrements

Un autre point n’est pas précisé dans le rapport : quel est le différentiel de pollution émise par une circulation fluide à vitesse constante, par rapport à la « congestion » c’est-à-dire aux embouteillages avec  arrêts et démarrages. Or on sait qu’en l’absence de GCO, le temps d’embouteillages en heure de pointe du matin sur l’A35 augmenterait de 70% en venant du sud vers l’agglomération et une croissance à peine moindre  en venant du nord. (rapport du CGEDD,  données CERTU/CETE – prédécesseurs du CEREMA°). Pourquoi aucune précision sur ce point ?

Source étude ASPA

Pour ce qui concerne le rapport pollution /vitesse, on constate dans le tableau de la p.32 que l’optimum pour les VL est autour de 70/90km/h. Malheureusement, ces données chiffrées n’apparaissent pas pour les PL. Le rapport sur le Plan de Protection de l’Atmosphère de Strasbourg mentionne que là aussi la vitesse optimum est autour de 70 km/h, mais que le taux de pollution à faible vitesse pour les PL est considérable. La question des encombrements est donc centrale. 

Alors exposer l’incidence des ralentissements aurait été bien utile.On peut supposer  que cette incidence a été intégrée dans le modèle, mais le rapport n’en fait pas état.

 

 

Source ADEME 2012

 

Un élément de comparaison

L’avenue des Vosges à Strasbourg, accueille en moyenne 30 000 véhicules/jour, soit un trafic de l’ordre de celui du GCO. C’est une voie « canyon », c’est-à-dire qu’elle est bordée d’immeubles ce qui a une incidence très défavorable sur la dispersion de la pollution. Elle est ponctuée de feux rouges. Or le GCO accueillera une circulation de même ampleur, avec une plus forte proportion de PL que l’avenue des Vosges, mais sans feux ni ralentissements.

 

 

 

 

Bref, on apprend que le GCO augmente le taux de pollution de l’air dans sa proximité, ce qui n’est pas un scoop. Que le long du GCO aucune population ne serait impactée y compris au regard des préconisations de l’OMS et a fortiori au regard des normes de l’UE. Que la diminution de la pollution le long de l’A35 réduit  notablement le nombre d’habitants de Strasbourg touchés par la pollution au regard des normes de l’UE, mais pas des normes OMS. Et qu’on compte surtout sur l’amélioration du parc de véhicules pour réduire encore la pollution de l’air. Il aurait sans doute été utile de produire une communication plus active sur ces travaux.