GCO non merci cherche tracteurs pour la manif de samedi

Le collectif GCO non merci est composé d’opposants aux motivations disparates. Deux des composantes qui ont des intérêts antinomiques, la FDSEA Bas-Rhin et Alsace Nature mettent leurs divergences en plein jour. On verra le samedi 30 si les agriculteurs sont présents.

Les alliances contre nature des opposants au GCO

Dans un collectif comme GCO non merci, il est inévitable de trouver des motivations différentes : riverains, agriculteurs, militants anti-voitures, militants écologistes, quelques maires et pasteurs,, propriétaire de château, quelques élus EELV de Strasbourg, autres…: en tout 250 à 300 « fidèles » auxquels s’ajoutent des sympathisants  moins engagés présents les jours de grande manifestations. Mais quand les contradictions sont trop flagrantes et qu’on frise la mauvaise foi, les consensus explosent

Alsace Nature et la FDSEA étaient  les poids lourds de  ce collectif. En fait,  tout repose sur une ambiguité : utiliser le poids de son allié pour bloquer le projet.  Ainsi, ce ne sont pas les agriculteurs qu’aime Alsace Nature, mais ce sont les tracteurs présents dans les manifs (manifestation du 15 octobre 2016…). Sauf qu’aujourd’hui les agriculteurs ne veulent pas entendre parler des compensations foncières accrues  demandées par la CNPN . Et la FDSEA a  déversé deux tonnes (mon estimation…) de fumier devant le siège d’Alsace Nature mi-septembre.

Le 17 septembre les agriculteurs déchargent du fumier devant le siège d’Alsace Nature

Le grand hamster divise, et ce n’est pas d’hier

Alsace Nature, comme tous les acteurs dans ce domaine, sait bien que la disparition du grand hamster est due aux pratiques agricoles actuelles : types de culture avec beaucoup de maïs, terrains nus l’hiver, épandage d’engrais, de pesticides et de désherbants, poids des engins agricoles. La preuve, c’est qu’il n’y avait pas un seul terrier recensé par l’ONCFS sur le tracé très agricole du GCO. Or il n’y a aucune urbanisation sur ce tracé, inscrit de longue date dans les documents d’urbanisme. S’il devait rester quelques terriers occupés, c’est bien sur ce tracé qu’on aurait du les trouver. Ce ne sont donc ni les (nombreux) lotissements du Kochersberg, ni le GCO pas encore construit qui ont éliminé le grand hamster. Mais admettre la responsabilité de l’agriculture risquait de priver les manifs de la plupart des tracteurs.

1ere page DNA 16 octobre 2016: les tracteurs FDSEA étaient là

Une agriculture qui fait vivre 6,5% de la population active du Kochersberg

Cette agriculture intensive est sans doute au bout de son modèle économique, avec des rendements qui stagnent depuis 10 ans, une PAC beaucoup moins protectrice et une mondialisation anxiogène. Mais il y a des familles dans le Kochersberg, plus nombreuses en proportion que dans le reste de l’Alsace, qui en vivent. Alors, même s’ils sont opposés à un projet d’infrastructure qui empiète sur leurs terres, ils tentent de tirer le meilleur parti de l’aménagement foncier qui limite les dégâts sur le plan des terres agricoles et améliore la fonctionnalité des exploitations.

Un impact foncier de compensation grand hamster, crapaud vert, zones humides  et forêt nettement plus important que l’emprise de l’autoroute? 

Pour 257 ha d’emprise du projet autoroutier, la compensation hamster se monte à 230 ha. Le CNPN ne veut pas de mutualisation avec la zone de compensation du crapaud vert qui doit faire 100,66 ha, sans compter les zones humides de 44,5 ha et les espaces forestiers qui font 26 ha à compenser. On en est à un peu moins de 400 ha si tout s’additionne (il faudra voir quels seront les arbitrages sur ce point). Et ce sont inévitablement des terres agricoles qui sont impactées

Alors pour les agriculteurs, constatant que la CNPN est alimentée dans ses analyses par les écologistes locaux, ils estiment que leurs « alliés » leur ont « donné un coup de poignard dans le dos » (Interview de Franck Sander président de la FDSEA sur Alsace 20 le 27 septembre 2017 )

Mais la profession agricole avait fait le choix de s’associer avec Alsace Nature : quand on mange avec le diable il faut une longue cuillère….

Un peu de bonne foi ne nuit pas

Cette question est centrale : les opposants à des projets viennent inévitablement d’horizons divers et ont des intérêts différents. Sauf que là, on était face à un mépris de l’opinion  générale quand les divergences aussi massives masquent les sujets qui fâchent : puisque c’est la protection du grand hamster qui est mise en avant dans tous les recours d’Alsace Nature contre le GCO, comment cette organisation a-t-elle pu s’associer de bonne foi avec la FDSEA ?

Alors les messages sur les réseaux sociaux bourdonnent (voir l’appel de Paul Fritsch sur Twitter) : cherche tracteurs désespérément. GCO non merci va battre le rappel des tracteurs de la Coordination Rurale et de la Confédération paysanne, très peu présents dans le Kochersberg. Et des agriculteurs individuels de la FDSEA vont sans doute s’y associer. On va voir les plus militants faire des kilomètres en tracteurs sur les routes départementales samedi (ce qui coûte cher en usure des pneus de tracteurs!).