Enquête publique Autorisation unique Contournement autoroutier de Strasbourg

Madame la Présidente

 

Le rapport présenté à l’appui de l’enquête publique est considérable en volume et parfois en technicité. C’est probablement la limite de ce type d’enquête : comment le citoyen peut-il absorber une telle documentation ?

 

  1. Le risque d’inondation

 

Les questions de gestion de l’eau, et plus particulièrement de protection contre les inondations sont un enjeu pour la plaine de la Bruche et pour Strasbourg, notamment pour ses quartiers ouest et centre. La Bruche, avec l’apport de son principal affluent la Mossig, peut produire des crues importantes alors que les abords de ces deux cours d’eau ont été fortement urbanisés. Eckbolsheim, Koenigshoffen et plus loin Holtzheim ont déjà subi des inondations. Et, à l’avenir, cette situation ne devrait pas s’arranger avec le changement climatique qui génère des épisodes météo aberrants.

 

Il est donc particulièrement important que le COS n’aggrave pas cette situation.

 

A la lecture du rapport on peut supposer que les règles de l’art ont été respectées: les eaux de ruissellement de l’autoroute sont recueillies par des bassins hydrauliques de grande dimension. Par ailleurs, le projet de viaduc au-dessus de la Bruche et du canal de la Bruche, évite sans doute un « effet barrage » qu’on aurait pu craindre avec un autre type de franchissement (remblai et pont).

 

  1. La protection de la biodiversité

 

Quand on fréquente le Kochersberg dans le secteur du tracé, on a l’impression d’un désert biologique : peu d’oiseaux, pas d’insectes en été. Les lièvres, on n’en voit plus depuis longtemps, quelques rares chevreuils…Ce ne sont que champs de culture intensive, désertiques et nus en hiver, et nouveaux lotissements, fort proches des champs, ce qui ne semble pas décourager les acheteurs.

 

Le grand hamster a depuis longtemps été victime des modes de culture que les agriculteurs ont bien du adopter pour gagner leur vie. L’une des conséquences est qu’herbicides, pesticides, engrais chimiques, lourds engins agricoles qui compactent les sols, culture dominante du maïs sont venus à bout de ce rongeur qui a autrefois proliféré. On constate qu’un seul terrier de hamster a été trouvé sur le tracé. C’est étonnant : s’il craint effectivement l’urbanisation comme le proclament les opposants au COS, il aurait du se réfugier sur cette bande de terrain préservée de longue date de toute construction et réservée pour l’autoroute. Ce n’est pas le COS qui a tué le hamster.

 

Il n’y a probablement plus de hamsters sauvages : je n’ai pas vu de distinctions dans les décomptes entre hamsters sauvages et hamsters d’élevage. Il y a lors de chaque comptage au printemps des survivants des nombreux hamsters d’élevage lâchés l’année précédente, qui ont bien du mal à échapper aux renards et aux buses. Ils sont un peu plus nombreux quand l’hiver a été doux. Cette année sera peut-être meurtrière avec le froid tardif. Beaucoup d’argent public a été consacré à la survie de cette espèce qui est pourtant emblématique de notre région, mais sans succès à ce jour.

Vinci a des obligations importantes d’élevage de hamsters et de terrains à consacrer sur la durée à la survie de cette espèce. C’est une chance unique de sauver le hamster, car jamais on n’aura les financements pour en faire autant, si on prolonge la tendance de ces dernières années. Et on peut espérer que d’ici une ou deux décennies, les pratiques agricoles les plus meurtrières pour l’environnement auront disparu, permettant une survie raisonnable de cette espèce, et d’autres également.

Je suis favorable à la réalisation du COS car la situation actuelle est intenable, aussi bien dans l’agglomération de Strasbourg en termes de trafic et de pollution de l’air, que pour les relations entre le nord et le sud du Bas-Rhin. Certes, le COS ne résoudra pas tout, il doit s’inscrire dans une politique d’ensemble, mais sans cette infrastructure, on ne voit guère de solution possible. Je sais que l’objet de l’enquête n’est pas « pour ou contre le GCO », cette phase est dernière nous.

Je peux comprendre que les populations riveraines s’opposent au projet, mais je suis en revanche profondément choquée par l’attitude d’associations se disant de « protection de la nature » qui en promouvant leur vision des transports opposée au COS, n’ont apporté strictement aucune contribution à l’élaboration des mesures de réduction des impacts et de compensation pour la biodiversité, mesures qui font l’objet de la présente enquête.

Il est choquant de voir des associations, largement soutenues par des subventions publiques en raison de leur militance dans le domaine de la biodiversité, choisir l’unique voie des recours juridiques contre un projet déclaré d’utilité publique plutôt que d’apporter une expertise (si tant est quelle existe encore). Il est ainsi très probable que si le Préfet donne « l’autorisation unique » suite à la présente enquête, cette décision sera aussitôt attaquée.

On peut supposer (et espérer) qu’Arcos (Vinci) fera son travail, dans le cadre réglementaire et contractuel de la concession pour respecter la biodiversité et compenser les dommages qu’elle subira, et qu’en tout cas l’Etat y veillera. Si des propositions complémentaires fondées avaient été produites par les associations et singulièrement par Alsace Nature, association fédérative, Vinci aurait bien été obligé, politiquement, de les financer et de les mettre en œuvre. Le COS aura ainsi une situation certes réglementaire, mais moins favorable que ce qui s’est fait pour d’autres infrastructures.

 

Je donne un avis favorable aux mesures proposées en vue de l’autorisation unique soumises à la présente enquête publique.

 

Martine ARNOLD Strasbourg