#GCO : consultation des habitants de Vendenheim

La consultation organisée à Vendenheim sur l’opportunité de négocier avec Vinci des protections phoniques supplémentaires sur le tracé du GCO sur le ban de la commune a donné des résultats confus. Le maire a fait preuve de son sens des réalités, mais abstentionnistes et opposants ont brouillé les messages.

Vendenheim soumet aux habitants le principe de la négociation avec le concessionnaire du GCO

Le maire de Vendenheim, opposant déterminé au GCO, a fait preuve d’un certain courage politique en négociant avec le concessionnaire du GCO un projet de protocole d’accord pour obtenir du concessionnaire de meilleures protections phoniques sur le tracé du GCO dans sa commune. Il a ainsi pris acte de la réalisation prochaine d’un projet contre lequel il s’est beaucoup battu et il a décidé d’en tirer les conséquences pour sa commune. Négocier plutôt que subir, et limiter les dégâts.

Car il est vrai que Vendenheim est la plus impactée des communes du tracé (voir en lien un article daté d’avril 2017) , nettement plus que l’autre haut-lieu de la contestation, Kolbsheim, située plus loin du tracé  grâce à la présence du jardin protégé de son château (tracé repoussé du coup vers Ernolsheim sur Bruche).

Le GCO à Vendenheim-site ARCOS Contournement ouest de Strasbourg

Des maladresses pour un résultat mitigé

Un peu de maladresse dans cette consultation a valu au maire de Vendenheim un résultat mitigé: 20,2% de participation seulement. Voir l’article des DNA

La question n° 1 sur l’opportunité de la négociation est l’objet premier : « Aujourd’hui faut-il négocier un protocole d’accord avec SOCOS-ARCOS pour minimiser l’impact sonore du GCO ? » 42,9% de « oui »  et 50,10 % de « non » (le reste sans réponse ou blanc).

Ce referendum informel comportait en fait 4 questions, ce qui est  beaucoup pour une consultation populaire. Outre la première question portant sur l’opportunité de signer le protocole avec Vinci, les 3 questions suivantes ont sans doute encouragé l’abstention.

Question 2 : « Faut-il continuer la lutte et entrer en résistance ? » 67% de oui, 27% de non.
Question 3 : « Quel est votre avis concernant cette autoroute ? » 13,8% de pour , 81,2% de contre .
Question 4 : « Pensez-vous que cette autoroute va fluidifier et faciliter l’accès à Strasbourg ? » 13% de oui, 82,4 % de non

Voir les résultats complets sur le site de la commune.

Ce sont les opposants au GCO qui ont voté

Les votants sont donc très majoritairement les opposants au GCO, des militants ou habitants convaincus « contre ». C’est une loi du genre dans les consultations, ces derniers viennent voter. Il a cependant sans doute été maladroit de faire voter sur les 3 dernières questions, posées pour montrer que la municipalité n’a pas changé d’avis sur le GCO.

Des opposants pas monolithiques et globalement un peu déboussolés…

A noter cependant que parmi ces opposants, un certain nombre estiment tout de même qu’il fallait négocier, avec 42,3% de oui parmi des votants dont 81% sont opposés au GCO. Il y a des habitants de Vendenheim qui ont fait le même raisonnement que le maire. En effet, si on suppose que les 13,9% favorables au GCO ont voté oui à la négociation, il reste 29,1% d’opposés au GCO qui ont également votés oui. Ces résultats ne sont pas franchement compatibles avec les 67% qui veulent poursuivre la résistance. Voilà l’effet d’une consultation où on souhaite une chose et son contraire, peut-être suite à des transactions mal abouties dans la majorité municipale.

Et les abstentionnistes ?

Les abstentionnistes potentiels sont encouragés à rester devant leur télé (la pêche n’est pas ouverte en cette saison..) pour toutes sortes de bonnes et mauvaises raisons : on ne va pas se déplacer pour dire qu’on est « pour », on ne sait pas qu’on n’est pas obligé de répondre à toutes les questions, le ton des  questions 2,3 et 4 est plutôt  anti-GCO et on ne va pas faire plaisir au maire qui en avait fait son combat (qu’il se débrouille), on n’est pas directement concerné par le bruit car la commune est grande, on en marre de la polémique sur le GCO maintenant qu’il est décidé, et on a assez vu les rigollots de GCO non merci et leurs banderoles…. Et peut-être que la formulation trouvée dans les DNA du premier projet de protocole (corrigé depuis) n’était pas particulièrement adroite. Et pour finir, on n’a pas eu le temps d’aller voter car la consultation ne s’est pas poursuivie samedi après midi et dimanche.

Les Français n’ont pas l’habitude des « votations » que pratiquent nos voisins suisses au rythme régulier d’une votation par trimestre chaque année (plusieurs questions par votation) sur des questions fédérales, cantonales ou communales à l’initiative soit, des exécutifs, des assemblées politiques ou de la population (dans ce cas, demande formulée par un nombre donné d’habitants calculé en fonction de la collectivité concernée).

En France, la question posée est rarement celle à laquelle la majorité du corps électoral répond ! Les exemples sont nombreux : historiques (referendum de 1969) ou récents (en Corse et en Alsace) sans parler de Notre Dame des Landes.

Quand Catherine Trautmann a lancé le chantier du tram à Strasbourg au tout début des années 90, si une consultation avait été organisée, le résultat aurait été négatif. Et depuis, les habitants de l’Eurométropole « votent avec leurs pieds » en allant massivement prendre le tram…et se battent pour avoir le tram dans leur quartier.

Que va-t-il se passer maintenant?

Le Maire garde toute sa liberté de soumettre le protocole au Conseil Municipal. C’est là que le courage politique de sa majorité et de l’opposition seront intéressants à observer si le Conseil est saisi. Le municipales sont dans deux ans. Quelques « Fédinois contre le GCO » vont chercher à faire payer au maire leur propre obstination.

GCO non merci, merci qui ?

Les cris de victoire de GCO non merci après le résultat de cette consultation, dont ils ont bien contribué à polluer la neutralité, sont plutôt ridicules. Si ce protocole n’était finalement pas signé, les « perdants-perdants », ce seront les habitants de Vendenheim qui auront l’autoroute et juste le niveau de bruit réglementaire alors que techniquement on pouvait faire mieux.

Tout comme est perdante la biodiversité depuis qu’Alsace Nature, composante majeure de GCO non merci, a choisi de ne pas négocier avec le concessionnaire avant que le projet aille au CNPN, si tant est qu’Alsace Nature ait encore des expertises à apporter dans des dossiers de protection de la biodiversité. On ne le sait plus, puisque l’association  se pose aujourd’hui comme expert des transports avec comme outil des recours à répétition. Certains des  fondateurs et anciens soutiens sont effarés de cette stratégie.

Ici comme sur d’autres sujets, le GCO est un bon révélateur d’enjeux de société : urbanisme, transports, économie de foncier, modes d’exercice de la démocratie locale, compromis entre protection de la biodiversité, développement économique et qualité de l’air, mode de gestion de projet, participation du privé aux projets publics…Pas de vérité absolue d’un côté ou de l’autre, mais une nécessité de compromis entre différents objectifs.